La direction d'AvtoVAZ a tenu hier soir une conférence de presse destinée à faire le point sur la situation réelle de l'entreprise et sur ses perspectives de restructurations et de développements. Pendant plus de deux heures et demie, Igor Komarov et ses adjoints ont repris une à une les "informations" relayées par les médias pour les confronter point par point à la réalité actuelle. Le premier sujet de conversation abordé étant celui des dettes. Actuellement, les créances d'AvtoVAZ s'élèvent à 62 milliards de roubles, soit environ 1,4 milliard €. Ce chiffre comprend toutefois peu d'impayés directs et se compose dans son immense majorité de crédits en cours, en ce compris celui de 25 milliards de roubles accordé cet été par l'État. Une situation qui n'en n'est pas moins préoccupante puisqu'en raison de leur taux d'intérêts élevé, certains pouvant culminer jusqu'à 19% par an, ces crédits pèsent lourdement sur les finances d'une usine de Togliatti prévoyant d'enregistrer en 2009 une perte d'exploitation de 30 milliards de roubles. Une des solutions envisagées consisterait donc à restructurer ces dettes en trouvant un accord avec les deux principaux créanciers russes que sont les banques publiques VTB et Sberbank. Cet accord porterait sur l'émission par ces banques d'obligations convertibles en actions à hauteur de 50 milliards de roubles. Ce qui permettrait au passage, en cas de plus-value future, de contribuer à l'amélioration de l'économie nationale. D'autres pistes son cependant à l'étude, comme celle d'une recapitalisation par les principaux actionnaires actuels (Rostekhnologii, Troïka Dialog et Renault). L'objectif étant bien entendu à chaque fois d'éviter une cessation de paiements qui conduirait inévitablement au dépôt de bilan. Une situation envisageable mais peu probable selon Igor Komarov : "Si les négociations échouent, il ne nous restera pas d'autre choix. Mais nous sommes convaincus qu'elles aboutiront et que nous n'aurons pas besoin d'en arriver à des mesures de redressement judiciaire.". Le président insistant sur l'importance de ne pas dramatiser la situation et sur le fait que l'usine poursuit ses activités et les poursuivra quoi qu'il advienne. "Nous ne parlons pas d'arrêt de la production", a-t-il notamment souligné. Il convient en effet de rappeler qu'un dépôt de bilan ne signifierait absolument pas la fin d'AvtoVAZ. On ne parle pas ici de faillite pure et simple du groupe mais uniquement d'une mise sous protection vis-à-vis de ses créanciers. De quoi lui accorder un répit supplémentaire pour renégocier ses dettes et entamer ainsi une nouvelle vie. Mais nous n'en sommes pas là. Dans l'immédiat, AvtoVAZ prépare son futur et entend bien renouer avec les bénéfices dès la mi-2010. La direction compte pour cela sur les effets du plan anti-crise adopté cette année et sur une relance des ventes de LADA en Russie et ailleurs. L'usine de Togliatti prévoit ainsi d'assembler environ 450.000 voitures par an en 2010 et 2011 (hors CKD's) contre quelques 300.000 seulement en 2009...
Une situation transitoire puisque, malgré les affirmations de certains experts qui estiment qu'il faudra au moins six ans au marché russe pour retrouver le niveau qui était le sien en 2007/2008, AvtoVAZ devrait revenir à des volumes de production plus décents dès 2012. Date à laquelle est attendu le lancement de plusieurs nouveaux modèles devant permettre l'assemblage de 550.000 unités la première année, 670.000 unités en 2013 et 790.000 unités en 2014 ! Parmi ces nouveaux modèles, figure en priorité le projet "low cost" LADA 2190. Hormis le dessin dévoilé ci-dessous, peu d'informations supplémentaires ont toutefois filtré à son propos lors de la conférence de presse de ce lundi. Les seuls détails consentis par la direction concernant sa longueur, annoncée supérieure à celle d'une LADA Kalina "sedan", et le fait que 80 % de ses éléments seront partagés avec la gamme LADA Kalina. Des LADA Kalina dont la modernisation a par ailleurs été confirmée, tout comme celle des LADA Priora. Autre nouveauté attendue entre 2012 et 2014 : le minivan 5/7 places élaboré sur la plate-forme Renault RF90. Pour les dérivés LADA, Renault et Nissan sur base commune "B0", Igor Komarov a par contre préféré attendre de rencontrer Carlos Ghosn avant de s'exprimer. Ce qui ne l'a pas empêché d'évoquer la mise en production vers 2014, lorsque la crise sera passée et que l'image de marque de LADA aura atteint un niveau de qualité suffisamment élevé, d'un ambitieux modèle du segment supérieur. Le "Projet C" n'est donc peut-être pas tout à fait enterré ! Mais avant cela, AvtoVAZ devra d'abord faire face au principal problème posé par la phase de transition 2010-2012 : le sureffectif. Avec une production réelle de 450.000 unités par an pendant deux ans pour une capacité minimale fixée à 650.000 unités annuelles, l'usine de Togliatti comptera en effet très exactement 21.773 travailleurs excédentaires. Igor Komarov déclare toutefois ne prévoir aucun licenciement supplémentaire, revoyant ainsi à la baisse le chiffre avancé en septembre (27.600 postes étaient alors concernés) et démentant par la même occasion les rumeurs faisant état de 55.000 pertes d'emplois. Parmi ces travailleurs, près de 14.500 répondent aux critères de la pré-retraite. Un appel aux départs volontaires pourraient donc être envisagé pour eux. Quant aux quelques 7500 travailleurs restants, en âge actif ceux-là, leur main-d'œuvre qualifiée sera nécessaire à l'effort de modernisation de l'usine en vue de lancer les nouveaux modèles et d'assurer la fabrication à Togliatti de composants communs aux Renault, Nissan et LADA. Igor Komarov rappelant encore une fois l'importance pour AvtoVAZ de disposer de pièces de qualité et donc le rôle déterminant tenu par le plan "LADA Quality Programm" dans le succès des futurs modèles. Aujourd'hui, 85% des défauts constatés sont en effet imputables à des éléments sous-traités chez des fournisseurs russes...
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